1 - INTRODUCTION
L'objet de ce chapitre est l'étendue de l'équilibre mécanique
des masses de sol pouvant être mis en mouvement, soit par des phénomènes
naturels (érosion, tremblements de terre ...) soit consécutivement à des
travaux de chantier (terrassements, remblais, constructions). Les différents
mouvements de terrains peuvent se classer en 4 catégories :
o
les
écoulements : chutes soudaines de
masses rocheuses. Les causes peuvent être internes au massif (altération,
accroissement de la pression interstitielle, glissement banc sur banc dans une
roche stratifiée) ou externes (écroulement de masse mises en surplomb par
érosion de masses sous-jacentes plus tendres, fluage ou glissement d'une masse
sous-jacente.
o
les coulées : mise en mouvement brutale de masses de sol à l'état
"liquide".
o
le fluage : par opposition aux mouvements précédents, celui-ci est lent,
de faible amplitude et se développe dans une zone dont les dimensions sont mal
définies.
Nous étudierons donc les mouvements relevant de la mécanique
des sols, en particulier les glissements pour lesquels on dispose de théories
et d'expériences suffisantes pour dimensionner la plupart des projets.
2 - GENERALITES SUR LES
GLISSEMENTS
2.1. - Aspect général des glissements
La rupture par glissement d'un talus se manifeste
habituellement par un déplacement en bloc d'une partie du massif. La surface de
glissement est assimilable à une surface cylindrique. On fer donc l'étude pour
des tranches de massif d'épaisseur unité, découpées perpendiculairement à l'axe
de la surface de rupture. Si on représente la coupe transversale du terrain
(donc une tranche), l'aspect de la surface de rupture sera donc un arc de
cercle. Le sommet du talus s'affaisse et il se forme un bourrelet de pied (Fig.
a.). On distinguera trois grandes catégories de glissements :
Ces différents types n'auront pas les mêmes conséquences mais on peut dire que la stabilité dépend :
Il y aura donc glissement si à un moment donné les moments sont
supérieurs aux moments résistants.
2.2. - Causes de glissements
D'après ce qui précède, les glissements sont dus à des modifications soit dans les moments résistants, soit dans les moments moteurs. On distinguera donc deux types de causes :
a) Diminution des moments résistants
Les causes de diminution des moments résistants peuvent être
naturelles (changement des conditions hydrauliques du terrain) ou consécutives
à des travaux (tranchées en pied de pente, ou chargement rapide augmentant les
pressions interstitielles en pied de pente).
b) Une augmentation des moments moteurs
Certaines causes sont évidentes (surcharge du sommet de la
pente, changement de pente,...), d'autres le sont beaucoup moins. Les problèmes
d'infiltration, en particulier, sont souvent difficiles à cerner. Par exemple,
les écoulements ont une action hydrodynamique qui tend à augmenter les moments
moteurs. C'est le cas des drainages en pied de talus servant au rabattement de
nappe. En effet, l'écoulement provoque des forces de percolation qui augmentent
les moments moteurs ; il ne faut donc plus simplement considérer l'aspect
statique du problème de stabilité de pentes.
3 - ANALYSE DE STABILITE
De manière classique, on définira les conditions d'équilibre
limite et on utilisera un coefficient de sécurité. On suppose que l'équilibre
limite existe au moment de la rupture le long de la ligne de glissement.
L'expérience montre que la zone en équilibre limite forme une bande assez
étroite de part et d'autre de la zone de rupture. La stabilité de l'ensemble
est donc liée à celle de la bande considérée.
Les méthodes de calcul consistent à rechercher la surface le
long de laquelle le coefficient de sécurité F est le plus faible :
![]()
tmax : résistance
au cisaillement du sol
t : contraintes de cisaillement s'exerçant le long de la
surface
Il existe plusieurs dizaines de méthodes de calcul de stabilité ayant toutes des avantages et des inconvénients. Aucune n'est parfaite, car aucune ne tient compte de la déformabilité du sol. En effet, on en revient au problème éternel de la méconnaissance des lois de comportement du sol que l'on considère toujours comme rigide-plastique. Nous étudierons ci-après plusieurs méthodes de calcul "traditionnelles" mais la confiance que l'on peut leur accorder sera essentiellement fonction de l'expérience que l'on peut en avoir. Nous envisagerons des méthodes de stabilité de milieux homogènes. Dans le cas de massifs constitués de plusieurs couches de nature différente, le problème est beaucoup plus ardu.
3.1. - Glissement plan
Pendant longtemps on a préféré croire (par simplicité des
calculs) que les surfaces de glissement étaient planes. Or la simple
observation sur le terrain prouve que les surfaces sont courbes. Cependant dans
des cas particuliers, on peut admettre des rayons de courbure infinis, ce qui
nous amène à des glissements plans. D'autre part, cette méthode est une bonne
introduction aux méthodes plus élaborées que nous verrons dans la suite de ce
chapitre. Considérons un massif de pente 0A. En faisant l'hypothèse que la
rupture se fait suivant un plan, il parait évident que le cas le plus
défavorable est celui d'un plan passant par le pied 0 de la pente. Soit 0B ce
plan. Le sol étant homogène (cohésion c, angle de frottement interne f), il obéit à la loi de Coulomb.
On découpe le massifs 0AB en tranches d'égales largeurs. Le
poids de chacune des n tranches induit sur la surface 0B une contrainte pouvant
se décomposer en une contrainte normale et une contrainte tangentielle? Soit Wi
le poids de la tranche i et L la longeur du plan de
rupture 0B. Soit Ni et Ti les composantes du poids Wi de chacune des tranches.
et
![]()
Le terme ti représente la
contrainte de cisaillement s'exerçant le long de la surface de glissement. Selon
la loi de Coulomb, la résistance
au cisaillement du sol tmax sera donnée par :
![]()
Le coefficient de sécurité F exprime donc le rapport :
![]()
Si
l'équilibre limite est atteint, F = 1. On peut écrire que pour chaque tranche :
Þ
![]()
![]()
![]()
Si le poids total du massif 0AB est W, on a l'égalité :
soit
encore
![]()
Si F = 1, l'équilibre limite nous permet de déterminer la
hauteur critique Hc du talus :
![]()
Mais la hauteur H du talus est
généralement connue, par contre l'inconnue est l'angle
du plan de glissement. Par la formule
précédente, on peut calculer différentes valeurs de la hauteur critique Hc en fonction de
; on peut ainsi, par tâtonnement, déterminer
la valeur de
donnant la hauteur critique Hc = H. On aura donc l'orientation du plan de glissement.
Le calcul précédent revient à écrire que le coefficient de
sécurité est égal à :
![]()
Examinons deux cas particuliers importants :
- sol pulvérulent : c = 0
Dans ce cas, le coefficient de sécurité se réduit à
![]()
Or
varie
de 0 à a. La valeur minimale de F sera donc
obtenue pour
= a.. On a donc :
![]()
L'équilibre limite est atteint pour Fmin
= 1 soit a = f. Ceci exprime bien que
l'angle de talus naturel d'un sol pulvérulent est égal à l'angle de frottement
interne.
- sol cohérent : f = 0
Le coefficient de sécurité est alors égal à :
![]()
On peut alors construire des abaques donnant les variations de
F et déterminer les valeurs de
pour F min.
Donc


Considérons maintenant l'ensemble des tranches. Le massif sera en état d'équilibre limite si les moments moteurs sont égaux aux moments résultants. L'égalité des moments par rapport au centre 0 du cercle de rupture de rayon R s'écrit :
![]()
En effet, les réactions inter-tranches RA, RB
…s'annulent deux à deux et les
résultantes N passent par 0, donc leur moment est nul. On a en outre :
Þ ![]()
Le coefficient de sécurité est alors :

En utilisant le résultat de l'équation (1) on en tire :

D'autre part on sait que :
![]()
on
peut donc écrire :

On obtient donc deux relations entre F et VA - VB.
Le coefficient de sécurité est alors déterminé par itération entre les deux
expressions (4) et (5).
En fait BISHOP a démontré que les quantités VA - VB
étaient toujours négligeables, l'erreur commise étant < 1%. Dans ce cas F
devient :

L'itération devient alors très facile. On introduit dans le 2nd
membre de la valeur de F donnée par la méthode de Fellenius
et on calcule une nouvelle valeur de F par la formule, que l'on réintroduit, et
ainsi de suite. Pour être certain de trouver le minimum de F, il faut environ
une centaine de cercles. Or le calcul à la main d'un cercle pour 10 à 15
tranches demande à peu près 3h pour un bon calculateur. La détermination d'un
coefficient de sécurité demande donc 1 mois de travail. On conçoit donc
aisément que l'emploi d'abaques est nécessaires et que l'emploi de
l'informatique ne serait pas superflu.
L'avantage de la méthode de Bishop, est qu'elle permet de
calculer un coefficient F dans le cas de sols hétérogènes et avec des formes de
pentes très complexes, mais les calculs restent très longs.
3.2.- Méthode de Fellenius
Compte-tenu du terrain, on se donne un cercle de rupture
probable et on détermine l'état d'équilibre du milieu le long de ce cercle
ainsi que le coefficient de sécurité. Mais le véritable cercle de rupture
correspondant à un coefficient de sécurité minimum est inconnu. Il faut donc
recommencer de nombreuses fois les calculs pour différents cercles de rupture
possibles. Ce travail est laborieux et l'informatique est maintenant d'un grand
secours.
Considérons un cercle de rupture 0A (cas d'un glissement de
pies). Comme pour le glissement plan, on procède à un découpage en tranche de
même largeur. On supposera que chacune tranche est indépendante de ses
voisines. Si Wi est le poids de la tranche (composante Ni
et Ti) et Ci la force de cohésion se développant le long
de ab, on peut écrire que lorsque l'équilibre limite est atteint :
![]()
![]()
Si le sol est homogène, le coefficient de sécurité sera donc
défini par :

N.B. : Au
voisinage de 0, Ti prend des valeurs négatives, dont il faut tenir
compte.
L'expression
de F est donc algébrique.
On voit donc que ce travail est long. Généralement, on préfère
donner les résultats sous forme graphique. En effet, on détermine les lieux
géométriques des centres des cercles correspondant à un coefficient de sécurité
constant (Fig. e).
3.3.- Méthode de Bishop
Les deux méthodes que nous avons exposées faisaient
l'hypothèse d'un déplacement global d'une partie du massif. On ne considérait
donc pas les actions réciproques des tranches les unes sur les autres.
Reprenons l'exemple précédent, mais en supposant que la (i + 1)ème tranche exerce sur la i ème tranche, la réaction RA de composantes HA
et VA et que la (i - 1)ème tranche exerce
la réaction RB de composantes HB et VB. La réaction sur
ab du poid Wi a toujours pour composantes
Ni et Ti mais pour être en conditions de contraintes
effectives, il faut considérer la pression interstitielle ui
moyenne sur l'arc ab, de longueur li. Si on fait le bilan des forces
s'exerçant en 0i centre de l'arc ab, on obtient en projetant sur 00i
:
![]()
En appelant F le coefficient de sécurité, on en déduit la résistance au cisaillement mobilisée sur l'arc ab :
![]()
La projection des forces sur 0i0'i nous permet d'écrire :
![]()
Or on en tire :

3.4.- Méthode du cercle de frottement
Les méthodes consistant à découper en tranches verticales ont
l'avantage de rester valables même lorsque le massif présente des couches de
caractéristiques mécaniques différentes. Par contre, la méthode "du cercle
de frottement" ne peut s'appliquer que si le meilleur est homogène.
Cependant, son caractère de méthode graphique la rend intéressante du point de
vue de la compréhension globale du phénomène de stabilité de pente. Considérons
un cercle de glissement de rayon et de centre 0 et supposons que le milieu est
en équilibre limite (Fig. g).
La réaction
due au frottement le long d'un élément d'arc dl
peut se décomposer en une réaction due au frottement interne
![]()
et
une
composante de cohésion
![]()
avec
(c : cohésion du milieu).
A la rupture,
fait l'angle f avec la normale à dl donc toutes les réactions élémentaires
enveloppent un cercle de centre 0 et de rayon r.sin f. Ce cercle
est appelé cercle de frottement. Si on trace le polygone des forces
élémentaires de cohésion
, la résultante
sera parallèle à la corde AB. Elle agira à une
distance 0H de 0 telle que :
(L : longueur de
)
D'autre part, si le milieu est homogène
Rc = c.AB Þ fc.OH = 0H.c.AB = r.c.L
et
![]()
et
OH > r
Les études de Taylor et Terzaghi ont permis de démontrer que
la résultante
est
portée par une droite tangente à un cercle de centre 0 et de rayon K.r.sinf. Bien que K dépende de l'angle
ainsi
que
des variations des contraintes normales aux arcs élémentaires, on peut faire en
1ère approximation l'hypothèse que K = 1. On en déduit alors que le
support de
est
tangent au cercle de frottement.
On peut donc faire une résolution graphique. A l'équilibre limite :
![]()
est
portée par une verticale passant par le centre de gravité G de la partie du
massif en rupture.
![]()
est
connue.
Elle est portée par une parallèle à AB située à une distance
![]()
de
0.
Pour déterminer
![]()
on
mène par E,
![]()
une
parallèle à
.
Elle coupe la droite tangente au cercle de frottement 0'K en
F.
![]()
![]()
En fait
représente la force de cisaillement réellement
mobilisée. A l'équilibre on a donc en réalité
.
On reporte alors
à
partir de
est
donc la composante de Rf sur la tangente au cercle en D ; puisque le coefficient de
sécurité est égal au rapport du moment résistant sur le moment moteur, on peut
écrire :
![]()

4 - REMARQUES
4.1.- Choix des caractéristiques mécaniques à prendre en
compte
Dans les calculs de stabilité, le choix des caractéristiques
mécaniques est fonction du problème lui-même. Mais d'une manière générale on
constate que lorsqu'il s'agit de sols argileux, le calcul à court terme conduit
au coefficient de sécurité le plus faible. L'expérience montre que c'est
souvent juste après la construction que se produisent les glissements dans les
sols argileux. On utilisera donc les caractéristiques mécaniques non drainées
(Cu, fu). Par contre dans les sols sableux, le calcul à court terme
n'a pas de sens car on atteint très rapidement le long terme. On utilisera donc
les caractéristiques mécaniques (CCD, fCD) ou (C', f').