1. - GENERALITES
1.1.- But
Les murs de soutènement ont pour but de maintenir le sol en
place dans le cas où on effectue des remblais, déblais ou pour des ouvrages
tels que : quais, canaux, culées de port, terrasses... Ils ont aussi pour but
de protéger d'autres ouvrages contre l'érosion ou les crues...
1.2. - Différents types de murs
Les différents types de murs ne seront pas calculés dans leur
ensemble mais l'étude sera approfondie dans les cas les plus courants. Pour les
autres nous nous contenterons de les énumérer ; on distingue :
2. - COIN DE GLISSEMENT - POUSSEE
2.1.- Généralités
Le calcul des murs de soutènement découle de l'étude de la
rupture du terrain situé derrière le mur. Considérons un massif en équilibre
élastique soutenu par un écran. Il exerce sur l'écran une action appelée
pression naturelle des terres ou pression au repos. Si on écarte d'une manière
quelconque l'écran, on constate que le terrain se décomprime et son action
décroît. On lui donne le nom de poussée. Si l'on augmente le déplacement, on
atteint des contraintes critiques qui mettent le sol en rupture. Si on effectue
le procédé inverse, en repoussant l'écran contre le massif, la réaction de
l'écran s'appelle butée. Celle-ci augmente jusqu'à un état d'équilibre limite.
Ces efforts de butée seront négligés dans le cas des murs de soutènement mais
interviendront dans le cas des palplanches.
2.2. - Coin de glissement
L'expérience montre que les murs peuvent se déplacer soit par
transition soit par rotation autour d'un axe situé sous le mur. On constate
alors qu'à la rupture, une fissure sensiblement rectiligne apparaît dans le
massif à partir du pied. La fraction de sol comprise entre le mur et la fissure
porte le nom de coin de glissement ou coin de Coulomb (en 1776, il fut le
premier à proposé une méthode de calcul basée sur
l'équilibre du coin de glissement). Cette méthode est universellement employée.
3.- POUSSEE SUR LES MURS-POIDS
3.1.- Généralités - Schéma de Boussinesq
Dans ces ouvrages, c'est le pieds du
mur qui permet de résister aux efforts de renversement exercés par le terrain.
Cinq groupes de forces sollicitent ce type d'ouvrage :
|
|
Pour des raisons de sécurité, on fait souvent abstraction de
la butée B. On détermine donc la poussée P et on vérifie
ensuite que le terrain, en développant une réaction R ne
modifie pas la stabilité d'ensemble de l'ouvrage. La rupture d'un remblai
derrière un mur de soutènement est toujours accompagnée d'une rotation ou
d'une translation du mur. |
Si le parement intérieur du mur est rectiligne et la surface
du terre-plein aussi, s'il n'y a pas de surcharges et si le remblai est
homogène et pulvérulent, Boussinesq a donné
l'intensité de la poussée à la rupture :
![]()
ka = coefficient qui sera déterminé dans chaque cas.
3.2.- Méthode de Coulomb
Considérons un massif de sable sec, non chargé, d'angle de
frottement f, incliné sur l'horizontale d'un angle b soutenu par un écran incliné de l sur la verticale. La force de poussée P fait l'angle d (pris en général égal à 2/3 de f), avec la normale à l'écran. Lorsque le mur se déplace, il y
a rupture du sol selon une ligne DE passant par le pied du mur. Le coin CDE est
alors en équilibre sous l'action :
|
|
|
Pour un plan de rupture supposée faisant un angle
avec l'horizontale, on peut tracer le polygone des forces qui doit être fermé.
On connait :
On peut donc déduire P1 en fonction de l'angle q. On fait ensuite varier q et en calculant la valeur de q qui annule
![]()
on
en déduit la position du plan de glissement DE auquel correspond la valeur
maximale de la poussée Pa.
3.3.- Formule de Poncelet

Cette méthode est similaire à celle de Coulomb. On trace :
On mène par C et E les parallèles à DS qui coupent DF en K et
g. On voit sans difficulté que le triangle DEg est
semblable au triangle des forces RP1W, ce qui permet d'écrire :
![]()
Or
et
et ![]()
d'où
on en déduit :
![]()
Posons DF = a, DF = b, Dg = x. On a finalement :
![]()
où
x varie quand q varie. L'expression
![]()
passe
par un maximum pour
:
On a pour valeur
.
Les différentes valeur : CF, CK, FK, se calculent à partir de la longeur
CD = 1 de l'écran et on obtient en fin de compte :
![]()
avec

3.4.- Construction de Culmann
La méthode de Coulomb se prête à une détermination graphique
de la poussée ; plusieurs procédés ont été mis au point et en particulier la
construction de Culmann.

De même que
dans la méthode de Poncelet, on trace les lignes auxiliaires DS et DF. Par le
point E, on mène une parallèle à CD. Elle coupe DF en d; puis de d on mène une
parallèle à DS. Elle coupe DE en e. Le triangle Deb est semblable au triangle
des forces RWP1 :
![]()
Avec
![]()
Or quand E varie, le rapport
![]()
reste
constant, donc P1 est proportionnel à ed.
Le maximum de P1 sera aussi celui de ed. Quand E décrit le segment
CF, le point e décrit la courbe DeF
appelée courbe de Culman. La valeur maxi de ed correspond au point ei pour lequel
la tangente à la courbe est parallèle à DF.
4.- POUSSEE SUPPLEMENTAIRE DUE AUX SURCHARGES
4.1.-
Détermination de la poussée
On supposera
que l'on a le même coin de glissement que précédemment sur lequel agit une
surcharge verticale uniforme d'intensité q.
|
|
|
Le coin CDE est toujours soumis aux trois forces P1 ,W1 et R ; dans ce système, le
poids W est remplacé par : P1
= W + q.CE.
![]()
![]()
que
l'on peut écrire :
![]()
Donc tout se passe comme si le coin avait un poids spécifique
fictif g1 .
La poussée totale sera alors :
![]()
est constant et égal à
. Donc le sol est soumis à une poussée
![]()
due
au poids propre augmente d'une poussée
![]()
due
à la surcharge.
On introduit donc un nouveau coefficient
.
4.2. - Point d'application de la poussée
On se souvient que la distribution des contraintes dans le cas
d'un massif non chargé est triangulaire. Or l'augmentation de contrainte dûe à la surcharge entraîne une augmentation de poussée
constante sur une ligne parallèle à l'écran. On aura la distribution suivante :
|
|
La poussée P1 résulte de la somme de la poussée
des terres
qui est triangulaire et dont le point d'application est à
1/3 et de
dont le point d'application est à 1/2. |
Dans le cas où la distribution est plus complexe, la méthode
de Coulomb associée à la construction de Culmann
permet d'obtenir la valeur de la poussée.
4.3. - Massifs stratifiés
Pour calculer
la poussée qui s'exerce sur de tels massifs, on néglige les efforts de
cisaillement à la limite de chaque couche et l'on admet que les contraintes
exercées par chacune des couches sur l'écran sont égales aux contraintes que
cette couche exercerait si elle était seule et si la surface supporterait une
surcharge égale au poids des couches supérieures augmenté éventuellement de la
surcharge réellement appliquée sur la surface libre.
4.4.- Murs à redans
Dans le cas des murs à redans, deux possibilités sont offertes
pour le calcul de la poussée. La première consiste à tracer une ligne fictive
passant par les sommets des redans et considérer dans ce cas un frottement sol
sur sol (d = f) (fig. a). La partie du
sol comprise entre la ligne et le mur est considérée comme en faisant partie.

La deuxième méthode consiste à faire le calcul redan par redan
en considérant cette fois un angle
= 0 par mesure de
prudence. Il faut alors découper le sol suivant les redans et faire le calcul
comme dans le cas des massifs stratifiés. Dans l'exemple, 3 sortes d'efforts
agissent sur le redan de longueur l2. Tout d'abord la poussée des
terres se trouvant au-dessus du redan :
![]()
augmentée
de la poussée des terres le long du redan l2 :
![]()
D'autre part un effort vertical agit sur le sommet de chacun
des redans.
5. - STABILITE DES MURS DE SOUTENEMENT
5.1. - Remarque
Dans la plupart des cas, un mur de soutènement est enterré en
pied d'une certaine hauteur. Il se trouve donc soumis à un effort de poussée P
et un effort de butée B (considérée comme stabilisante). Or pour mobiliser la
butée B, il faut un déplacement beaucoup plus fort que pour mobiliser la poussée
P. La valeur calculée de la butée risque de ne jamais être atteinte. Dans la
pratique, lorsque le déplacement du mur parait insuffisant pour mobiliser la
butée, on ne considère qu'une partie de cette butée ou on n'en tient pas
compte. (Cas des remblais récents compactés servant à enterrer le pied du mur).
On reste donc du côté de la sécurité.
5.2. - Vérification de la stabilité
5.2.1. - Stabilité au renversement
La stabilité se définit comme le rapport du moment des forces
stabilisatrices sur le moment des forces de renversement, moments calculés par
rapport au coin 0.
Forces de renversement :
poussée P, résultante éventuelle des sous-pressions de l'eau U.
Force stabilisatrices :
poids W, butée B.

admissible
1,5

N.B. : Si la
résultante des forces passe par le tiers central, la vérification n'est pas à
faire.
5.2.2. - Stabilité au glissement sur la base
Considérons la résultante des efforts ramenée
sur la base. Ses composantes sont N et T. Si est
l'angle de frottement interne du sol, le frottement mur-sol est exprimé par :
![]()

avec
![]()
![]()
a : adhérence mur-sol (fonction de la cohésion)
S : surface de la
semelle.
On admettra que :
1,5 <
2