LES SOLS
1. - GENERALITES
Pour
l'ingénieur le sol est constitué d’un assemblage naturel de grains minéraux
facilement séparables (l’argile, le sable par exemple). Quant à la roche, la
liaison entre les grains minéraux est plus forte (par exemple, le calcaire, le
granite, le gabbro, etc.). De plus en plus, il est fait distinction entre les
notions de «soft soil» et «hard soil».
Ces concepts expliquent tout simplement, la difficulté qu’il y a de trouver une
barrière franche entre le sol et la roche. Que dire d’une marne compacte ?
Le
sol est donc un complexe constitué de solides et des fluides en circulation.
Les fluides en circulation sont l’eau et l’air. Le squelette solide est
ensemble formé par les particules solides mais dans leur arrangement naturel.
2. - LES ELEMENTS DU SOL
2.1.
Les grains solides/Grains minéraux
Ils
proviennent de la désagrégation mécanique ou de la transformation chimique de
la roche-parent. Les plus gros éléments (Ø > 2µm) proviennent de la
désagrégation mécanique. Pour les plus petits cette désagrégation mécanique
s'accompagne d'une altération chimique. Selon la dimension des particules, on
adoptera les dénominations suivantes :
Ø < 2µm
|
Argile
|
Fraction fine ou Filler |
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2 mm < Ø < 20 µm |
Limon |
|
|
20 mm < Ø < 200 µm |
Sable fin |
|
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-------------------------------------------80
µm------------------------------------------- |
||
|
O,2 mm < Ø < 2 mm |
Sable grossier
|
Fraction grossière
|
|
2 mm < Ø < 20 mm |
Gravier |
|
|
20 mm < Ø < 200 mm |
Cailloux |
|
|
Ø > 200 mm |
Blocs rocheux |
|
Tableau
1. – Dénomination établies des particules solides
La
limite à 80µm correspond aux dimensions limites des mailles d'un tamis
normalisé, obéissant à une progression géométrique particulière. Du fait de
leur nature, les particules d'argile sont le siège d'importantes forces de
liaison qui donnent au sol des propriétés particulières. On distinguera donc
parmi les particules solides, celles constituées de minéraux non argileux et
les particules argileuses. Cette distinction est d’ailleurs assez simpliste car
les processus pédogénétiques, qui sont d’ailleurs
très complexes, permettent de passer des uns aux autres. Par exemple, un
granite essentiellement constitué de matériaux «dits» inertes peut se
transformer dans le temps en une arène granitique qui lui-même évoluera vers un
matériau purement argileux. Dans cet exemple, les minéraux tels les pyroxènes,
les amphiboles évoluent vers des matériaux à structures argileuses. Tandis que
les autres, à structure beaucoup plus grossières restent non argileux. Il
s’agit dés lors de définir ou de prévoir l’évolution des matériaux beaucoup
plus par leur structure que par nature.
2.1.1.
– Structure des matériaux pulvérulents
Ce
sont les matériaux essentiellement constitués de solides inertes. On les rencontre rarement dans les particules inférieures à 2 µm.
Les plus gros éléments sont composés de quartz, de matériaux calcaires ou
d’autres corps silicatés. Ces minéraux, même lorsqu'ils sont fins, ont une
faible activité et contribuent peu aux propriétés physico-chimiques apportées
par les minéraux «dits» argileux telles que la plasticité ou la cohésion. On
retrouve dans ce groupe, les sols pulvérulents, les
sables, les graviers, les cailloux, les blocs. Ces matériaux sont ainsi à
structure granulaire ce qui a un impact important dans le comportement global
du sol. A raison des dimensions surfaciques assez importante
des contacts grain-grain, les forces de pesanteur sont prépondérantes vis à vis
des forces d’attractions capillaires qui s’exercent sur chaque grain.
2.1.2.
– Structure des argiles
Les
argiles sont les particules fines dont la genèse est un processus plus ou moins
accompli en partant de la roche-mère. Le passage de la roche-mère à l'argile
est provoqué par un ensemble d'actions mécaniques, chimiques, et
cristallographiques complexes connues sous le nom de processus pédogenètique. Les grains argileux sont constitués d'un
empilement de feuillets chargés électriquement qui glissent les uns par rapport
aux autres. On dit qu'ils ont des propriétés colloïdales. On distingue 3
groupes principaux d'argiles qui se différencient par la distance entre
feuillets :
-
les Kaolinites
(distance entre feuillets 7 å),
-
les Illites
(distance entre feuillets 10 å) ;
-
les Montmorillonites
:(distance entre feuillets 15 å à
25 å).
-
Les
deux premières dont les distances entre feuillets sont faibles ne laissent
quasiment pas pénétrer l'eau entre les feuillets. On a des argiles non
gonflantes. Par contre les montmorillonites laissent pénétrer l'eau : ce sont
des argiles gonflantes (Les marnes de Rufisque, les sols argileux de la
Presqu’ile de Dakar,…) (smectites, béïdellites,...).
Il
faut donc bien noter que lorsque nous parlerons de grains, il s'agit en fait
d'un empilement de feuillets chargés électriquement. Cette charge constitue ce
que l'on appelle l'activité superficielle du minéral. Plus les particules sont
petites et plus l'activité est grande, à tel point que les propriétés de ces
particules influencent fortement les propriétés de l'agrégat. On dit que la
substance est à l'état colloïdal.
2.2.
- L'eau
Dans
les sols, l'eau existe sous trois (3) formes :
q L'eau de constitution ou l’eau liée aux particules.
q L'eau de l’espace interfoliaire
(Celle-ci peut être catégorisée à la première forme). Il s’agit essentiellement
de l’eau inter-feuillet. Elle fait partie intègrante
de certains minèraux des argiles comme les
Montmorillonites.
q L'eau interstitielle composée de l'eau libre et l'eau orientée
(encore appelée eau adsorbée). L'eau adsorbée fait partie intégrante du grain
solide et dépend des charges électriques des feuillets. Elle joue un rôle sur
les propriétés mécaniques des sols et les influences extérieures qu'elles
subissent (température, cisaillement, modification de la concentration d'un
électrolyte) peuvent modifier les propriétés du sol. C'est la raison pour
laquelle on s'efforcera d'effectuer les essais de laboratoire à des
températures voisines de celle du sol en place. D'autre part, l'eau adsorbée
permet de définir les 3 états du sol :
|
Etat solide les grains sont en contact. L'eau adsorbée entoure les paquets de grains. Etat liquide chaque grain est entouré d'une
pellicule d'eau adsorbée, le tout "nageant" dans l'eau libre. Etat plastique c'est un état transitoire entre les 2
premiers. Les grains ne sont quasiment plus en contact. Mais il faut fournir
un effort pour les séparer et rompre l'interaction créée par l'eau adsorbée. |
|
2.3.
- Les gaz
Le
sol est dit saturé lorsque tous les vides entre les particules solides sont
remplis d'eau. Dans le cas contraire, l'eau reste concentrée aux points de
contact et elle est retenue par des forces de capillarité. Les interstices
restants sont remplis de vapeur d'eau, d'air ou de gaz divers résultant de la
décomposition de matières organiques (méthane).
3. - RECONNAISSANCE DES SOLS
La
reconnaissance des sols a pour but de déterminer les conditions de fondation
d'un ouvrage : en particulier avoir une idée de la structure du sol (voir si
les prévisions géologiques sont vérifiées). La reconnaissance des sols doit
d'abord permettre de localiser les différentes couches de terrain et de
préciser la configuration générale de la zone à étudier. Elle doit ensuite
donner des informations sur les caractéristiques mécaniques de chaque couche.
On établit un programme de reconnaissance de sols qui est fonction des
caractéristiques de l'ouvrage à réaliser et de la nature géologique de la zone
d'implantation.
Il ne faut jamais procéder par analogie et extrapolation des
résultats obtenus sur un chantier voisin. L'hétérogénéité des sols est telle
que même dans un terrain bien connu, des anomalies locales peuvent se
présenter.
Les contraintes économiques ne permettent pas toujours
d'exécuter un très grand nombre de sondages et il faut distinguer les
avant-projets des projets définitifs. Sauf pour les terrains anormalement
hétérogènes, une campagne de reconnaissance doit comporter un sondage tout les
500 m2. Un nombre de trois parait être le minimum. Dans la
construction de bâtiments, il est d'usage de respecter une distance de 15 m
entre deux sondages consécutifs et ceci dans deux directions perpendiculaires.
Pour les très grands ouvrages on peut la porter à 30 ou 70 m.
Ile est telle que toutes les couches pouvant être influencées
par le chargement soient atteintes. Dans la pratique :
-
Pour des massifs de fondation isolés : triple largeur des semelles avec un
minimum de 6m.
-
Pour un radier général ou pour un ensemble d'ouvrages dont les effets se
superposent dans les couches profondes : 1,5 fois la largeur de la construction.
En
résumé on adopte les profondeurs suivantes :
|
D = 4,5´B si C < 2´B |
L :
Longueur des semelles (L > B) B :
Largeur des semelles C :
Distance séparant les côtés les plus proches D :
Profondeur minimale de sondage |
|
D = 3´B si 2´B < C < 4´B |
|
|
D = 1,5´B si C > 4´B |
Cette
profondeur minimale de sondage ou encore profondeur d’ancrage des ouvrages de
fondations sera explicité plus loin car nécessitant un assemble de concepts
seulement développés plus haut.
La
reconnaissance des sols peut se faire de deux manières :
-
Prélèvement d'échantillons intacts ou remaniés en vue de leur analyse en
laboratoire,
-
Essais in situ.
a.
- Prélèvement d'échantillons intacts :
Un
échantillon est intact si le prélèvement n'a pas modifié ses propriétés. En fait
la difficulté réside dans l'extraction de ces échantillons, d'autant plus qu'il
est difficile de juger si un échantillon est intact ou non. Les essais de
laboratoire effectués sur ces prélèvements sont censés représenter le
comportement du sol en place sollicité par les charges apportées par l'ouvrage
étudié. Pourtant, les sollicitations du sol sont parfois différentes de celles
auxquelles sont soumis les échantillons et on ne sait pas toujours bien
utiliser les caractéristiques données par les essais de laboratoire. Dans ces
derniers on distingue les essais d'identification (poids spécifiques, teneur en
eau, granulométrie, limites d'Atterberg, teneur en
CaC03, teneur en matières organiques, etc.) et les essais mécaniques
(essais de cisaillement, de compressibilité, etc.).
b.
- Les essais "in situ" :
Ils
sont effectués directement dans la masse du sol à étudier. Ils ont l'avantage
d'être effectués dans les conditions mêmes où se trouvera le sol lorsqu'il sera
sollicité par l'ouvrage considéré.
3.1.
- Reconnaissance par sismique réfraction
Un
ébranlement mécanique (choc ou explosion) se propage dans le sol avec des
vitesses qui diffèrent suivant les terrains traversés. Cette célérité dépend de
la compacité des couches considérées. Pour les sols de faible compacité (terre
végétale, tourbe, argile molle, graviers) la célérité varie de 0 à 500 m/s.
Pour les roches meubles compactes, les argiles compactées, les sables fins, les
couches meubles aquifères, elle varie de 500 à 1500 m/s. Elle peut atteindre
1500 à 1700 m/s dans les roches compactes (p.e. les
calcaires, les granites, le basalte). L'avantage de ce procédé est de ne pas
détruire les terrains ; on peut même mesurer les pentes des couches inférieures
ou déceler la présence de blocs isolés. Par contre, l'eau peut perturber les
résultats.
3.2.-
Reconnaissance électrique :
Cette
technique fait appel aux mesures de résistivité et de polarisation. A
l'intérieur d'un forage, on crée un champ électrique au moyen d'un générateur
extérieur et on mesure les ddp (différence
de potentiel) entre deux électrodes, dont l'une est placée à la surface du sol
et l'autre à différentes profondeurs à l'intérieur du forage. Les résistivités
varient suivant les couches rencontrées ce qui permet de les classer. Les
appareils sont conçus pour mesurer des résistivités sur des tranches de 20 à 30
m. On dispose ensuite de cartes de résistivité qui permettent de déterminer la
nature des sols rencontrés.
3.3.-
Sondages mécaniques :
Cette
méthode encore très employée, à l'inconvénient d'être destructive. Elle
consiste à creuser des trous ou des puits soit à la pelle mécanique soit à
l'aide d'outils à main. On utilise entre autre des tarières à main mais la
profondeur ne peut excéder 10 m. On emploie aussi des sondeuses à moteur ou des
tarières hélicoïdales continues qui ont l'inconvénient de donner des sols
remaniés. D'autre machines telles que les carottiers à piston stationnaire les
sondeuses à percussion ou à rotation permettent de prélever des échantillons.
3.4.-
Essai pressiométrique
L'essai
consiste à charger le sol en place au moyen d'une sonde dilatable disposée au
sein du terrain. Le pressiomètre se compose d'une
sonde de mesure constituée d'un cylindre métallique creux recouvert d'une
membrane gonflable et d'un contrôleur de pression et volume qui demeure à la
surface du sol, alors que la sonde est introduite dans un trou de 60 mm exécuté
à la tarière ou au carottier. En augmentant progressivement la pression dans la
sonde, on aboutit à un changement de volume de celle-ci qui provoque un fluage
du sol. L'étude des diagrammes contrainte-déformation permet de déterminer les
caractéristiques du sol.
3.5.-
Essai pénétrométrique :
On
distingue les pénétromètres statique et dynamique constitués d'un train de
tubes muni à son extrémité d'un carottier ou d'une pointe. Ils sont enfoncés
dans le sol par battage (pénétromètre dynamique) ou par application d'une
pression continue (pénétromètre statique). Ces essais permettent de déterminer
la compacité des couches de sol, leur nature, la résistance à la rupture du sol
et la profondeur du rocher. Ils sont utiles pour le calcul des fondations.`
3.6.-
Essai scissométrique :
Le
scissomètre est un appareil qui sert essentiellement à mesurer la résistance au
cisaillement des sols peu consistants (argiles molles, vases, tourbes). L'essai
consiste à enfoncer dans le sol, à la profondeur désirée un appareil muni d'une
tige dont l'extrémité est constituée de deux palettes orthogonales. On mesure
le couple de torsion nécessaire pour faire tourner un cylindre de sol autour de
son axe vertical, obtenu après cisaillement circulaire. La contrainte de
cisaillement développée en tout point de la surface du cylindre est à l'origine
d'un couple résistant égal au moment de torsion appliqué lors du glissement. Les
moments résistants étant fonction de la cohésion du sol, il est alors facile de
calculer cette dernière connaissant le moment appliqué.