CALCUL
DE LA CAPACITE PORTANTE
DES FONDATIONS A PARTIR DES ESSAIS IN SITU
Certains essais "in situ" sont utilisés pour le calcul des fondations superficielles et profondes. Ces calculs résultent de certaines analogies que l'on peut établir entre le comportement d'un sol lors d'un essai "in situ" et le comportement du même sol vis à vis des sollicitations d'une fondation. En effet, des recherches récentes montrent qu'il existe une analogie étroite entre le comportement du sol lors de l'essai d'expansion d'une cavité cylindrique (essai pressiométrique) et le comportement du sol autour de la pointe du pieu. De même, le pressiomètre est largement utilisé pour le calcul des pressions de rupture des fondations superficielles ainsi que pour la détermination des tassements. Il existe aussi une analogie mécanique entre le pénétromètre statique et le pieu. Il s'agit du même type de sollicitation, mais les conditions de l'essai et les conditions de travail peuvent être différentes.
1. - ESSAIS PRESSIOMETRIQUE
Il s'agit d'un essai contrainte-déformation mené jusqu'à la
rupture pour une configuration d'application des charges bien précise. Cet
essai, mis au point par MENARD, consiste à mesurer l'augmentation de volume
d'un cylindre dilatable, soumis à une augmentation de pression intérieure, et
placé à la profondeur à laquelle on désire tester le sol. Il est donc
nécessaire d'exécuter préalablement un forage dans lequel on introduit la
sonde. Suivant la nature des terrains rencontrés, ce forage peut être réalisé à
l'aide d'une tarière, d'un carottier, ou de tout autre forme de moyen mécanisé
(tube lanterné : tube fendu longitudinalement donc déformable, mèche
hélicoïdale, ...). Notons cependant qu'on ne réalise jamais un seul essai pressiométrique à une profondeur unique, mais on effectue
une série d'essais espacés d'un mètre par exemple, constituant un sondage pressiométrique et variant le plus souvent de 5 à 30 m de
profondeur. Par raison de précaution, on fait progresser le forage au fur et à
mesure des essais jusqu'à la profondeur maximale à atteindre.
1.1. - Description sommaire de l'appareillage
L'appareil comprend 2 parties :
1.1.1. - Sonde
La sonde est constituée d'une armature cylindrique recouverte
d'une enveloppe en caoutchouc. Les diamètres sont variables (32 à 115 mm) mais
le plus utilisé est de 58 mm. Dans ce cas la hauteur utile est de 175 mm. Cette
armature se décompose en 3 cellules : une cellule médiane dite cellule de
mesure et deux cellules extérieures dites cellules de garde. Les cellules de
garde sont soumises à une pression de gaz (CO2
alors que la cellule de mesure est soumise à une pression d'eau (liquide
incompressible).
1.1.2. - Dispositif de mesure
Le dispositif de mesure se compose d'un contrôleur
pression-volume constitué d'un volumètree et d'un
manomètre de mesure. La source de pression est une bouteille de CO2)
délivrant jusqu'à 60 bars.
1.2. - Conduite de l'essai
La pression régnant à l'intérieure de la sonde est absorbée en
partie par la déformation de l'enveloppe. Il y a donc lieu de procéder avant
tout essai à un étalonnage de la sonde en traçant la courbe donnant
l'augmentation de volume ∆V en fonction de la pression P. Il en résulte
une correction de pression variable avec le volume d'eau injectée. De plus, la
pression de la sonde est égale à la pression lue au manomètre augmentée de la
hauteur d'eau jusqu'au niveau de la mesure. D'autre part, comme on ne s'intéresse
qu'à la pression effectivement appliquée aux grains, on devra soustraire la
pression interstitielle dans le cas où on rencontrerait une nappe. En
définitive la pression réellement appliquée au sol est égale à la pression lue
au manomètre moins la pression nécessaire pour déformer la sonde, plus la
hauteur de la colonne d'eau, moins la pression interstitielle.
Supposons maintenant que toutes les corrections sont faites.
L'essai est alors réalisé en augmentant la pression par palier. A chaque
palier, on note les valeurs de l'augmentation de volume ∆V au bout de
15s, 30s et 60s après la fin de la mise à la pression. On trace la courbe :
∆V60 = f(P)
Cette courbe comporte 3 parties :
On trace ensuite les variations de la déformation différée
(∆V60 - ∆V30) en fonction de la pression P . Elle se décompose de deux segments, le point anguleux
correspondant à la pression de fluage.
1.3. - Résultats
En définitive, l'essai pressiométrique
conduit à la détermination de deux grandeurs qui sont caractéristiques :
E = K.∆P/∆V.
· K : coefficient de compression de la sonde :
K = 2(1 + n)(Vi + Vm)
ü Vi : volume de la cellule centrale au repos,
ü Vm : volume de
sol déplacé par la cellule de mesure. Il correspond au milieu de la partie
linéaire de la courbe pressiométrique.
ü ∆P/∆V : inverse de la pentee
de la partie linéaire de la courbe pressiométrique
Les valeurs du module pressiométrique
E et de la pression limite Pl sont reportées sur un tableau en
fonction de la profondeur. Par ailleurs, sur ce tableau figure la coupe du
sondage et l'outil utilisé pour faire le forage.
1.3.1. - Détermination de la pression limite par la méthode du
"volume relatif"
Dans certains cas, il est impossible d'obtenir la pression
limite par la détermination de l'asymptote à la courbe car les volumes qu'il
faudrait injecter seraient trop importants pour la sonde. On emploie alors une
méthode graphique dite méthode du "volume relatif". Soit Vi
le volume initial de la cellule centrale pour la pression nulle. Soit Vo
le volume injectée pour atteindre le début de la partie linéaire de la courbee pressiométrique,
correspond à la pression Po et soit V le volume
injecté à un moment donné et correspondant à la pression P. (Toutes les
pressions sont les pressions corrigées indiquées précédemment au paragraphe
1.2.). On trace en coordonnées bibliogarithmiques les
variations de
(V - Vo) (Vi + Vo)
en
fonction de P. Pratiquement on obtient une droite.
La pression
limite est définie comme étant la pression correspondant à l'augmentation
relative de volume
(V - Vo) (Vi + Vo) = 1
Ce qui revient à dire que la pression limite est la pression
par MENARD et leur rôle sera défini ultérieurement.
|
SOLS |
P1 |
E |
CATEGORIE |
|
Vases et tourbes Sables vaseux Argiles molles Limons Argiles plastiques Argiles raides et marnes Limons compacts Sable compressible Roche tendre ou altérée Sable et gravier Roche Sable et gravier très compacts |
0,1 – 1,5 1 – 5 0,5 - 3 0,5 – 7 3 – 12 6 – 40 12 – 30 4 – 8 10 – 30 10 – 40 40 – 90 30 - 60 |
2 – 15 5 – 20 5 – 30 5 – 50 20 – 80 50 – 600 20 – 100 40 – 400 40 – 200 75 – 400 50 – 600 80 - 400 |
I I I I I II II II II III III III |
1.4. - Avantages et inconvénients du pressiométre
1.4.1. - Avantages
L'appareillage est relativement simple, robuste et léger. Les
essais sont réalisables dans tous les types de sols à condition de bien choisir
la technique de mise en place de la sonde. Cet essai permet d'aborder les
problèmes de stabilité à court terme et d'évaluer valablement les tassements
lorsque ceux-ci sont faibles (quelques centimètres). De plus on obtient quasi
instantanément un ordre de grandeur de la pression admissible.
1.4.2. - Inconvénients
Pour la mise en place de la sonde, il est nécessaire de faire
un forage de bonne qualité. L'essai est non ponctuel et intègre les
caractéristiques du sol sur toute la hauteur de la sonde (environ 60 cm). C'est
un essai rapide ne permettant pas d'aborder les problèmes de consolidation ou
de stabilité à long terme.
1.4.3. - Domaine d'utilisation
Le pressiomètre est particulièrement
bien adapté à l'étude des fondations superficielles eet
des fondations profondes. Il peut en outre donner une valeur approchée de la
cohésion non drainée Cu :
![]()
2. - CALCUL DE LA CAPACITE PORTANTE DES FONDATIONS A PARTIR
DES METHODES PRESSIOMETRIQUES
L'essai pressiométrique permet de
déterminer complètement une fondation tant du point de vue de sa capacité
portante que de celui de ses tassements sous les charges de service. La
détermination des tassements fera l'objet d'un chapitre particulier.
2.1. - Capacité portante d'une fondation superficielle
La pression verticale de rupture d'une fondation superficielle
exécutée dans un massif homogène est une fonction linéaire de la pression
limite :
qr = qo + k.(Pl -
Po)
ü k : facteur de portance.
ü Pl : pression limite
Si le sol est hétérogène, cette formule devient : qr = qo + k.(Ple - Po)
Avec
Ple : pression limite équivalente
2.1.1. - Calcul des différents facteurs
* q0 : la pression verticale des terres au repos
est calculée par simple sommation
H : hauteur d'encastrement
Mais dans la pratique, on prendra pour n couches de nature
différentes :
avec
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![]()
![]()

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Dans cette formule H représente la hauteur réelle
d'encastrement et Pl(z) est la pression limite mesurée à chaque
niveau entre 0 et H.
Nota : Lorsqu'il
s'agit de remblais, on devra estimer la pression limite.
En définitive, la valeur de k est donnée par un abaque dû à
MENARD).
2.1.2. - Contrainte admissible
Les différents facteurs ayant été déterminés, la pression de
rupture est donc égal à :
qr = qo + l (Ple - Po)
Compte-tenu d'un coefficient de sécurité de 3 qu'il n'y a
aucune raison d'appliquer à q0, la contrainte admissible s'exprime
par :
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2.2. - Capacité portante d'une fondation profonde
La formule donnée par la méthode pressiométrique
peut s'appliquer à une fondation profonde dans certaines conditions. On utilise
la méthode de superposition qui consiste à considérer séparément le terme de
pointe et celui du frottement latéral.
2.2.1. - Calcul de la résistance de pointe
Le terme de pointe se calcule comme une fondation
superficielle. En effet, la résistance limite unitaire en pointe sera donnée
par : qr = qo
+ l (Ple - Po)
![]()
Pln sont les valeurs des pressions limites mesurées au voisinage
de la fondation dans la limite +3R et -3R.
Nota : On ne
prendra pas en compte les valeurs des Pli situées dans cet intervalle, au-dessus de la
base du pieu et qui diffèrent de plus de 50% de la valeur moyenne sous la base.
.
Il faudra en outre vérifier que he/R
> hc/R , hc étant la profondeur d'encastrement critique
telle qu'on l'a définie dans le chapitre consacré aux fondations profondes. k dépend aussi de la nature du pieu. MENARD a donné des
abaques permettant le calcul de ce coefficient.
2.2.2. - Résistance nominale en pointe
Compte-tenu d'un coefficient de sécurité de 3, la valeur de la
résistance unitaire nominale est :
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On en déduit que la résistance nominale en pointe pour un pieu de section circulaire est de :
![]()
2.2.3. - Calcul du frottement latéral
La résistance au cisaillement réellement mobilisable entre la
paroi latérale du pieu et le sol est fonction de la pression limite enregistrée
aux différentes profondeurs dans l'essai pressiométrique.
Deux cas sont à considérer :
a) Terrains sans frottement négatif
La fiche H du pieu est alors divisée en trois zones comme l'indique la figure.
* Entre 0 et R + 0,3 m, on ne prendra pas de frottement
latéral.
* Entre R + 0,3 m et H - 6R : le frottement latéral unitaire
est égal à :


Le terme de frottement s(Pl) est une fonction de Pl
; il est donné par des abaques dues à MENARD
* Entre H - 6R et H : le frottement latéral unitaire est égal
à :
s’(P1)
est donnée en abaque
Le frottement latéral sur toute la hauteur de fiche est alors
:

(P : périmètre).
b) Terrains avec frottement négatif
Si certaines couches de sol sont susceptibles de tasser
davantage que le pieu, il s'ensuit un frottement négatif le long du fût du pieu
à la traversée de ces couches et de toutes celles qui les surmontent. La fiche
du pieu est divisée en trois zones :
s’’(P)
est négatif
Le frottement latéral total est égal à :


2.2.4.- Frottement latéral nominal
Le frottement latéral total nominal sera calculé en affectant
le deuxième et le troisième terme d'un coefficient de sécurité de 2. En effet,
il n'y a aucune raison d'affecter le premier temps d'un coefficient de sécurité
puisqu'il va lui-même dans le sens de la sécurité par sa valeur négative. Par
excès de prudence, on devrait même multiplier ce terme par 2.
2.2.5.- Capacité portante totale
Par superposition des deux charges nominales (de pointe et de
frottement latéral) on détermine la capacité portante d'une fondation par :
* Pour un pieu ne subissant pas de frottement négatif de section
πR2 :

* Pour un pieu soumis à frottement négatif sur une hauteur ho
:

3 - ESSAI PENETROMETRIQUE
L'emploi des pénétromètres pour l'étude des fondations reste
assez répandu, bien que les résultats obtenus soient souvent controversés. Nous
distinguerons les pénétromètres statiques et les pénétromètres dynamiques.
3.1.- Pénétromètres statiques
L'essai de pénétration statique consiste à enfoncer dans le
sol, à vitesse lente et constante, sous l'effet d'une poussée continue, une
pointe fixée à l'extrémité d'un train de tiges et à mesuere
l'effort nécessaire pour obtenir cet enfoncement. L'effort est fourni par un
vérin hydraulique. Les pénétromètres statiques sont munis de dispositifs
permettant de mesurer séparément :
Dans la pratique, on mesure :
Si S est la section droite de la pointe,
la résistance unitaire à la rupture du sol autour de la pointe est donnée par :
Rp = Fp/S.
Le terme de frottement latéral est obtenu par : Fl = Ft
- Fp
Les diagrammes pénétrométriques
donnent Rp et Fp en fonction de la
profondeur. Les appareils diffèrent par les procédés qui permettent les mesures
séparées de l'effort de pointe et du frottement latéral. On distingue :
- les pénétromètres à cône fixe, (pénétromètres ANDINA à
transmission mécanique, pénétromètres "sol-essais" à transmission
hydraulique),
- les pénétromètres à cône mobile, (pénétromètres MEURISSE,
pénétromètre hollandais GOUDA de 10 kN).
3.1.1. - Interprétation et exploitation de l'essai
L'exploitation de l'essai peut se faire de manière
quantitative ou qualitative. En prenant comme référence le résultat d'essais
mécaniques préalables, l'exploitation qualitative permet de déterminer :
Cette exploitation se fait par un examen comparatif des variations de l'effort total et de l'effort de pointe. L'essai de pénétration statique est largement utilisé pour le dimensionnement des ouvrages et les méthodes permettant l'exploitation quantitative des résultats son nombreuses.
3.1.2. - Fondations superficielles
La valeur de Rp qui
sera introduite dans les formules sera
l'enveloppe des minima au niveau de fondation envisagé.
o
Pour les sols
purement cohérents (f = 0),
on peut calculer la cohésion par c = Rp/10
(cône fixe) ou c = Rp/20 (cône
mobile).
o
Pour les sols
cohérents et pulvérulents, certaines méthodes permettent de calculer c et à
partir de Rp (théorie de DE BEER).
o
Il existe des
méthodes donnant directement la contrainte admissible d'une fondation
superficielle en fonction de Rp pour
les sols pulvérulents. Ainsi d'après MEYERHOFF, on a :
![]()
L'HERMINIER propose la formule : qa
= Rp/10
3.1.3.- Fondations profondes
Les méthodes pénétrométriques sont
plus particulièrement adaptées à l'étude des fondations profondes. Deux
méthodes sont disponibles pour le choix de la valeur de Rp
:
B : largeur
du pieu
a = 3,5 et b = 1
![]()
3.2. - Pénétromètres dynamiques
3.2.1. - Principe
Le pénétromètre dynamique permet d'enfoncer dans le sol un
train de tubes lisses muni à son extrémité d'une pointe ou d'un carottier
simple. L'enfoncement se fait à l'aide d'une masse frappante tombant d'une
hauteur constante à cadence régulière. On mesure l'enfoncement en fonction du
nombre de coups (ou du temps de fonçage si la fréquence de battage est élevée :
vibro-marteau).
3.2.2.- Appareillage courant
On distingue deux classes d'appareils :
- les pénétromètres dynamiques à tube carottier battu :
standard penetrometer test (SPT) ou mouton automoteur
DELMAG H2 ,
- les pénétromètres dynamiques à cône : pénétromètre SERMES,
BEVAC...
Il existe aussi des appareils légers, portatifs, utilisés pour
des contrôles rapides (fond de fouille) mais ils ne peuvent servir pour
l'établissement d'un projet de fondations.
3.2.3. - Interprétation des résultats
On utilise couramment des formules de battages permettant de
calculer la capacité portante d'un pieu. En effet, à chaque choc on suppose que
l'énergie fournie par la chute du mouton se décompose en :
De nombreuses formules ont été proposées mais elles ne sont pas toutes satisfaisantes. On s'en tiendra aux formules suivantes :
a) Formule des Hollandais :
![]()
e : refus (m), c'est-à-dire enfoncement permanent du pieu pour 1 coup de mouton. On prendra la valeur moyenne obtenue sur une volée de 10 coups.
b) Formule de CANDRALL
Cette formule est une correction de la précédente tenant
compte du raccourcissement élastique du pieu au moment du choc. Pour mesurer ce
dernier on fixe sur la surface du pieu un papier millimétré et on déplace
horizontalement un crayon pendant plusieurs coups de mouton. On obtient le
diagramme suivant :

La formule des Hollandais devient :

D'une manière générale, les formules de battages seront
utilisées à titre de vérification. Les résultats qu'elles donnent sont souvent
pessimistes par rapport aux essais statiques de pieu ou aux études
géotechniques.